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Peut-on soigner tout le monde pareil ? L’influence des biais dans les pratiques de soins.

24 novembre 2026

Argument

Nos émotions comme notre raison nous aident dans nos prises de décision. L'un comme l'autre est utile à la prise en charge des patients. Mais nos émotions comme notre raison peuvent être soumis à des biais à chaque étape de cette prise en charge.

On distingue schématiquement les biais émotionnels et les biais cognitifs, les deux pouvant se retrouver intriqués. Ces biais seraient plus fréquents lorsque nous mobilisons notre mode de pensée automatique, intuitif (« système 1 ») plutôt que notre mode analytique, réflexif (« système 2 »), moins exposé aux biais (Kahneman et Tversky, 2011). Il est probable que le contexte actuel de l’hôpital public favorise l'utilisation de notre « système 1 » et donc la survenue de biais (raccourcis mentaux pour gagner en rapidité et efficacité). 

La littérature recense près de deux cents biais. Parmi les plus souvent cités, nous retrouvons notamment le biais d'attribution causale (par exemple, attribuer à tort les douleurs d’un patient à une hypothétique consommation de substances) ou encore le biais de minimisation de la douleur d'autrui (par exemple, un professionnel homme peut avoir tendance à sous-estimer la douleur d’une femme). Ces biais peuvent être à l'origine d'erreurs de raisonnement et de prise en charge aux conséquences plus ou moins graves. 

La recherche dans ce domaine a permis de mettre en évidence des différences de traitement au détriment de groupes de patients plus vulnérables (femmes, personnes en situation de handicap, personnes d'origine étrangère, personnes en situation de précarité, etc.). Ces différences de traitement s'expliquent notamment par des biais basés sur des préjugés, le plus souvent inconscients (l'exemple le plus emblématique étant le « syndrome méditerranéen »). 

Si ces discriminations doivent impérativement être combattues, peut-on pour autant considérer toutes les différences de traitement comme étant injustes ? Chaque patient étant unique, des pratiques de soins totalement uniformisées ne permettraient pas de s'adapter à la singularité de chacun. 

Se pose par conséquent la question : dans quelle mesure faut-il - et peut-on - soigner tout le monde pareil ? Comment définir la limite entre des soins différenciés justes ou injustes ? Peut-on toujours aisément distinguer les différences de traitement médicalement fondées de celles qui ne le sont pas ? (Azria, 2019) Au-delà du rationnel, quelle est la place de l’intuition et de la créativité dans les soins, aussi bien sur le plan technique que relationnel ?

Ces biais sont-ils inévitables ? Peut-on les corriger ? Qu'est-ce qui, dans les pratiques de soin, permet de prendre conscience de ces biais et de les combattre ? 

Enfin, à l'ère des intelligences artificielles, une vigilance supplémentaire s'impose. Si les raisonnements biaisés des professionnels de santé peuvent avoir des effets non négligeables, l'utilisation des intelligences artificielles entraînées sur des données elles-mêmes biaisées est susceptible d'avoir un impact à une toute autre échelle. Toutefois, certaines recherches ont montré que les intelligences artificielles pouvaient aussi être utilisées comme des outils permettant de révéler certains biais inconscients des professionnels. (Guerra-Adames, 2024)

Ces questions se posent aux chercheurs, aux différents métiers du soin (médecins, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, psychologues, orthophonistes, cadres, assistants sociaux, ingénieurs, techniciens et directeurs…), aux patients et usagers, aux sciences humaines et sociales, à tout un chacun. Pour réfléchir à ces questions complexes, une approche pluridisciplinaire apparaît indispensable.

Références :

E. Azria, « Biais implicites et soins différenciés dans l’étude des inégalités sociales de santé entre migrants et non-migrants - Entre piège épistémologique et hypothèse fertile », Revue française d’éthique appliquée, 2019/2 N°8, pp. 8-11.

A. Guerra-Adames et al., « Uncovering Judgment Biases in Emergency Triage : A Public Health Approach Based on Large Language Models », Machine Learning for Health (ML4H), 2024

D. Kahneman et A. Tversky, Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2011


Soumission

L'appel à communication s'adresse aux chercheurs, aux différents métiers de la santé (médecins, infirmiers, aides-soignants, sages-femmes, psychologues, cadres, directeurs …), aux patients, aux sciences humaines et sociales, à tout un chacun. 

Les professionnels du CHU de Lille peuvent se faire aider par les référents éthiques de leur pôle pour soumettre une proposition.

Les propositions d'intervention doivent  prendre la forme d'un résumé structuré d'une page exposant le titre de la communication, la méthode employée, les principaux messages et les références bibliographiques éventuelles. Le format est une communication orale de 20 minutes.

Ces résumés sont attendus par mail au plus tard le 10 juin 2026 pour un examen début juillet par la commission d'éthique du CHU de Lille


Journée du 24 novembre 2026

La journée se tiendra à l'institut Gernez-Rieux au CHU de Lille le 24 novembre 2026 de 9h à 16h30.

La participation à la journée sera gratuite après inscription préalable. Un formulaire d'inscription sera mis en ligne au mois de septembre.

Les soignants du CHU de Lille qui désirent s'y rendre sont invités à prendre contact avec leur cadre de proximité pour les aménagements horaires.

Page mise à jour le : 18/05/2026 (17h21)

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