La deuxième édition des journées « Éthique, économique et santé » vise à explorer les relations entre la pauvreté et la santé.
Quelques repères permettront de mieux situer le contexte de notre questionnement. En montrant que les situations de famine ne s’expliquent pas seulement par une privation de ressources matérielles, mais aussi et surtout par la violation des droits humains et par l’absence ou la faillite des valeurs démocratiques (Poverty and Famine, 1972), l’économiste Amartya Sen ouvrait la voie à une nouvelle compréhension de la pauvreté, de la santé et de leurs relations. Dans les années 1980, Jonathan Mann défendait à son tour l’idée que le soin apporté aux personnes atteintes du VIH-SIDA ne supposait pas seulement leur accès aux soins et aux protocoles de recherche, mais aussi et surtout la reconnaissance de leurs droits d’êtres humains. Dans cette même décennie, la naissance du concept d’ « inégalités sociales de santé » attirait l’attention sur un fait majeur : le lien entre le statut socioprofessionnel des individus et leur espérance de vie, désormais appelé « gradient social ». Il était ainsi prouvé que les inégalités sociales « s’incorporent » du bas de la hiérarchie sociale jusqu’à son sommet (Didier Fassin).
Deux points marquants semblent dès lors ressortir de ces analyses : la pauvreté ne saurait être réduite à sa dimension strictement financière, mais constitue un phénomène multidimensionnel dont le revenu n’est qu’une dimension parmi d’autres ; l’état de santé critique des populations les plus pauvres et leur extrême vulnérabilité n’appellent pas seulement des dispositifs de soin adaptés et spécifiques mais un questionnement plus global sur le « lien social ».
Cette journée a pour objectif en premier lieu de mettre ces deux points à l’épreuve des expériences de terrain, des données statistiques et des réflexions contemporaines en économie et en sociologie notamment: quels sont les liens historiques entre la santé et la pauvreté ? Par quelles voies privilégiées la pauvreté met-elle en cause la santé et, réciproquement, comment la maladie peut-elle fragiliser socialement ? Peut-on proposer une typologie des parcours dans la pauvreté ? Doit-on considérer la pauvreté comme un état ou comme un processus relevant de la fragilité, notamment sanitaire, ou de la « précarité » ?
La journée sera aussi l’occasion d’engager un questionnement éthique et politique sur notre responsabilité collective à l’égard des plus vulnérables : en quoi le défaut d’accès à la santé constitue-t-il une injustice ? Les dispositifs d’accès à la santé dédiés aux plus pauvres sont-ils efficaces ? À l’ère de l’extrême médicalisation du soin, comment éviter une « sanitarisation » de la pauvreté et retrouver le sens d’un soin qui puisse s’adresser à cette souffrance qu’est la misère sociale, vocation première de ce qu’on appelle la « médecine sociale » ?
Au programme
Date : le 12 janvier 2015 à 9h
Lieu : Espace éthique/IDF Hôpital Saint-Louis Porte 9 1 rue Claude Vellefaux, Paris - 10e.
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Page mise à jour le : 05/05/2025 (16h19)
Espace éthique hospitalier et universitaire de Lille -
Pavillon Paul Laguesse - 2 rue du Professeur Laguesse, 59037 Lille cedex